8 mai 2014

Trek dans la Vallée de la Markha

Bon, c’est bien beau de se la couler douce à Leh, mais on n’est pas là pour ça quand même ! Alors c’est parti, on prend les renseignements auprès des guides, on fait les courses de fruits secs, noix et nouilles instantanées (régime Pamir Highway de retour !), puis packetage des sacs à dos… On quitte notre lit douillet…

JOUR 1. 29 avril 2014.
Dernier pti dèj Gesmo et nous partons vers la station de bus, quelques taxis tentent de nous embarquer, mais le trajet coûte 10 fois cher en bus ! Mais arrivés là-bas, les chauffeurs de bus ne sont pas très coopératifs… En gros, les touristes sont censés prendre les taxis… En insistant, on finit par monter dans le « bon » bus… les aventures ne sont pas finies, avant même que le trek. Le chauffeur oublie de nous indiquer de descendre à l’endroit adéquat pour marcher jusqu’à Spituk, départ de notre trek, donc on se retrouve au terminus du bus, au monastère de Phyang ! Allez c’est reparti dans l’autre sens, vers Leh !!! Cette fois-ci on descend puis nous commençons enfin à marcher vers un petit village. Les habitants sont au travail, et chantent derrière les yacks pour les guider en tirant une vieille charrue en bois, nous demandons notre chemin. Surprise !!! C’est une jeune fille qui nous répond dans un parfait anglais et nous invite pour un thé ! Souvenirs des pays musulmans et de cette hospitalité inconditionnelle. C’est bon ça ! Sauf que nous apprenons que le pont qui devait nous permettre de traverser l’Indus est « collapse » ! Tout cassé ! Et effectivement… il est bien dans l’eau… Alala on va y arriver ! Nous continuons donc à marcher sur la route vers le village suivant… Mais ?! Pourquoi on ne traversait pas la rivière à pied ?! Pourquoi pas ! Ce n’est pas gagné mais on tente, les aventuriers ! Et bien ça passe, nous sommes tous les 3 de l’autre côté de la rive de l’Indus, il est 11h30, nous pouvons enfin débuter notre journée de trek lol.

Un peu de route encore, carrière de sable, puis nous entrons dans une magnifique gorge, et le spectacle commence ! Une vraie école de géologie ! Des failles, des mouvements de terrain, des couleurs de roche incroyables, contrastant avec le bleu-vert de la rivière, tout s’enchaîne à une vitesse folle !!! Nous n’en croyons pas nos yeux !
Maintenant, c’est au tour du biologiste d’être aux anges, nous pouvons prendre en photo un majestueux « blue sheep », grand bouquetin blanc comme son nom ne l’indique pas…
Ensuite, la route disparaît et nous suivons un petit chemin entre les pierres du lit d’un torrent. Succession de pont de pierre et planches, de bosquets d’arbres écrin de verdure, de traversées de rivière,… ça monte plus fort maintenant, la tombée de la nuit approche, et nous approchons du village de Rumbak, un premier « jullay » (bonjour en ladakhi) chaleureux fuse, les habitants finissent les travaux des champs, les chortens (=stupa, lieu de prières bouddhiste) apparaissent, mais il faut encore monter un peu pour atteindre le village en lui-même. Plusieurs maisons, les yacks dans leurs enclos, et la fraîcheur du soir qui tombe, on nous indique de monter à la toute dernière homestay (nourri logé chez l’habitant, encore souvenir du Tadjikistan !) en haut du village, dur dur !

Accueil extraordinaire ! La grand-mère, la mère et le petit dernier nous offre le thé, nous faisons connaissance, découvrons la confection à la main de petites peluches très mignonnes en laine de moutons et mangeons avec eux. Le régime du trek sera très stricte : dal baht tous les jours !!! Le plat traditionnel de ces régions de l’Himalaya (comme au Népal) : riz, lentille dans un curry, chapatis et souvent un légume en sauce pour accompagner le tout (Mais nous sortons tout juste du long hiver montagnard, les réserves de nourriture sont épuisées et les champs sont à peine labourés et irrigués donc loin d’être récoltés ! Pour les premiers, ce sera très rapide, pour le mois de juillet). Parfois pour faire le plein d’énergie pour le lendemain ! Jeux avec le petit Tanzing, nez rouge et appareil photo, tout le monde s’amuse malgré la fatigue…
Les étoiles brillent de milles feux, nous nous endormons dans une petite pièce sur le toit, près du temple de la maison… bonneee nuit les petits…













JOUR 2. 30 avril 2014.
Grosse journée en perspective, nous repartons de Rumbak vers 8h avec pti dèj chapatis confiture à l’occidentale ;) Montée vers un haut col à 4900m au programme ! Pas facile de trouver le chemin au début, nous croisons deux moines bouddhistes qui redescendent. Finalement, nous atteignons le dernier mini village avant le col, il est déjà tard. La végétation se fait rare, ambiance haute montagne ! La fatigue pointe son nez, les muscles sont endoloris, le souffle devient court avec l’altitude,…

Petite pause au Base Camp du sommet le plus proche, nous sommes à 4400m d’altitude. Les névés de neige font leur apparition, nous montons lentement, à notre rythme. Heureusement, les marmottes sortent d’un coup sous nos yeux !!! Elles sont énormes et jouent toutes ensemble, nous regardent avec curiosité ! La motivation remonte et nous dépassons l’altitude du Mont-Blanc pour la première fois du voyage !!! Drapeaux de prière et pierres gravées du mantra « Om Mani Padme Hum » marquent le passage du col Ganda La à 4900m. Neige et grand vent, on ne reste pas longtemps, Philippe a apporté un drapeau français, on joue nos alpinistes victorieux !!!

Découverte de la chaîne du Zanskar et ses sommets enneigés face à nous ! Waouuuuh ! La vallée a nos pieds nous dévoile encore un paysage complètement nouveau. Contraste blancheur de la neige, ocre jaune de la terre et vert des quelques arbustes. Il est 16h quand nous nous protégeons du vent près d’une cabane de berger pour un déjeuner de Maggie Noodle avec le picnic donné par nos hôtes de ce matin (tout est compris dans le prix). Chapati, patates cuites, cheddar, barre chocolatée et jus de fruit…

Nous descendons tranquillement, rencontrons yacks, chevaux, ânes et berger avant de s’arrêter bien crevés dans le petit village de Shingo. Belle soirée encore une fois.























JOUR 3. 1er mai 2014.
Un peu fatigués, nous descendons dans une superbe gorge entre des abricotiers et peupliers en traversant souvent le torrent. Summun de la géologie ! Tous types de roches, toutes les couleurs imaginables, ocre, jaune, orange, rouge, violet, bleu,… magique ! Les yeux grands ouverts !

Nous nous reposons longuement à Skiu, visitons le monastère, observons les vallées et montagnes autour, regardons les abricotiers et les travaux des champs,…

On repart pour une après-midi que nous pensons courte… il nous faudra 4h de marche dans le lit de la rivière Markha !!! Pas facile, on commence à avoir les yeux qui se ferment tout seul.
Heureusement les activités sont nombreuses : baignade dans la rivière gelée, chemin creusé dans la falaise mais impraticable aujourd’hui, caravane d’ânes qui rentrent au bercail à toute vitesse,  bergers et leur troupeau de chèvres pashminas, ils nous offrent bière locale et viande séchée, on fait semblant d’aimer ! Le lendemain, nos estomacs regretteront…

A la tombée de la nuit, nous arrivons à Sara, guesthouse perdue seule dans une vallée à l’atmosphère très western, dans les couleurs du coucher de soleil, et avec des sommets blancs au loin... Malgré la difficulté physique, ce sera l’aprem la plus belle du trek !!!
Rencontre avec la seule occidentale que nous verrons en 6 jours… On discute bien.

















JOUR 4. 2 mai 2014.
Durant presque 3 jours, nous suivrons la rivière Markha dans cette large vallée qui nous surprend régulièrement par la beauté de nouveaux paysages, tous plus déroutants les uns que les autres, nous nous croyons sur la Lune… à ceci près que les chortens, les « portes » matérialisées par des oriflammes, et les « Mani Walls » (tombeaux recouverts de grosses pierres gravées de mantras, desfois ces murs sont gigantesques… comment est-il possible de graver aussi joliment autant de pierres !)… nous comprenons chaque jour un peu mieux pourquoi certains européens sont amoureux de cette région, au point d’y revenir chaque année… l’impression d’être un peu plus près du ciel…

Nous atteignons le « grand » village de la vallée, Markha. Les enfants marchent parfois des heures pour venir ici à l’école.

Plusieurs belles rencontres malgré les fortes chaleurs qui écrasent la vallée en milieu de journée, nous observons les ingénieux canaux d’irrigation qui courent parfois sur des kilomètres, ou encore les moulins rudimentaires pour moudre la farine d’orge et en faire de la tsampa ! Julien a mal au ventre mais nous poussons jusqu’à Hankar pour s’endormir après notre black tea, en attendant le repas qui arrivera très tard ce soir-là…














JOUR 5. 3 mai 2014.
Tout le monde va mieux ! On se lance pour une « petite » journée. On prend notre temps, grimpette vers le monastère sur un très haut piton rocheux. On monte dur, la civilisation et la végétation disparaissent à nouveau. Haut sommet à 6400m non loin. Base Camp. Le vent souffle dans les vallées d’altitude, il fait froid, nous ralentissons l’allure. Gros rongeurs de montagne, marmottes, nous voyons notre objectif du jour : la vallée de haute altitude de Nimaling.

Nous avions pris le risque et ça va le faire : soirée et nuit dans des cabanes de bergers soi-disant habitées… personne et tout fermé ! On se trouve un abri semi-fermé et on force la porte d'une des cabanes où nous découvrons matelas, couvertures, et toile de parachute… feu de camp à la bouse de yacks et « dodo » dans une cabane de bergers à 4700m d’altitude ! Nuit difficile !

Insolite... des toilettes portatifs à 4700m d'altitude... mais qui est cet utilisateur opportun ???







JOUR 6. 4 mai 2014.
Grande journée, nous sommes debout à 5h du mat’ avec les lueurs de l’aube. Et partons rapidement vers LE grand objectif du trek. La chance nous sourit, pas trop de neige, un renard des neiges, des rongeurs, nous montons vers le col… à 7h30, nous prenons des superbes photos à 5280m d’altitude !!! RECORD ABSOLU DU VOYAGE !!! Les endorphines inondent notre cerveau…

La descente sera plus dure, grandes traversées dans la neige et les pierriers à pic, puis descente d’une rivière gelée au fond d’une gorge. On ne sait jamais s’il faut marcher sur la neige au fond de la gorge ou grimper sur les chemins à flanc de falaise (au risque qu’ils soient coupés par un glissement de terrain) pour éviter une cascade qui nous bloquerait le chemin dans le canyon…
Cette dernière journée commence à se faire longue… nous débouchons hors de la gorge et continuons à marcher durement entre les gros cailloux du lit de la rivière…
Cheminées de feu comme en Cappadoce…

Chokdo, Shang, nous arrivons à la route complètement lessivés ! On attendra le bus de 17h pour redescendre dans la vallée où serpente la grande route Leh – Manali. Dernier repas de nouilles et discussion avec les habitants du village. Taxi pour rentrer vite à notre guesthouse cocon face à la montagne au centre-ville de Leh… 












Retour dans le temps, nous avons l’impression d’être dans un autre monde : méthodes d’agriculture, logement et nourriture, vie dans des conditions extrêmes,…

6 jours, 110 km, à une altitude moyenne de 4000 m, on a fait fort !

Nous n’aurons pas vu le Leopard des neiges qui rôde dans le coin, mais la faune, la flore, et surtout ces paysages lunaires, nous ont enchantés ! Bienvenue au Ladakh !!!
Mêmes émotions qu’au Tadjikistan, avec les symboles bouddhistes en plus ! Le top du top quoi !!! Nous sommes amoureux ! On reviendra, promis !

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